Alain Tardif

Le magicien-décorateur

Des œuvres puissamment imaginatives prennent naissance dans l’esprit d’Alain Tardif. Tout a commencé par la métamorphose de son propre restaurant, La Campagnette, en Normandie. L’originalité du décor a très vite été remarquée et, les demandes d’agencement se multipliant, il a décidé de totalement s’y consacrer. C’est ainsi qu’ Alain Tardif est devenu un décorateur reconnu. Quel que soit l’endroit à embellir, l’ homme arrive sans mètre ni crayon. Tout commence par un « tête à tête » avec les lieux pour s’en pénétrer, les écouter, décrypter la « parole » des murs, les humeurs, la sensibilité qui s’en dégage. Ce ressenti provoque en quelques minutes une vision du lieu fini. Appelons ça un don ou une intuition hors du commun, le discret Alain Tardif fonctionne à l’instinct.

La démarche de cet autodidacte : redonner toute leur place aux perceptions de notre inconscient. Si l’esprit rationnel aime les lignes et les angles nets, notre cerveau intuitif, lui, préfère les rondeurs, la fluidité et la diversité. Il considère que notre subconscient ne peut se satisfaire de volumes géométriques calibrés, si éloignés des forêts inscrites irrémédiablement dans notre mémoire cachée. Briser les volumes, apporter douceur et sensibilité : la nature transposée implique naturellement de « chasser » les angles vifs pour métamorphoser les espaces en des lieux accueillants où jamais l’œil ne s’ennuie : « Ma seule logique, c’est le mouvement humain, le subconscient de l’être. » Tout doit être une promenade dans la nature, avec ses rondeurs, ses courbes, sa variété de couleurs.

 

Avec une prédilection pour l’Art Nouveau, Tardif recrée, non sans humour, des ambiances Belle Époque. Il joue avec le fonctionnel pour en faire un décor. Il travaille aussi sur l’environnement sonore et la lumière, trop souvent générateurs de fatigue et d’inconfort dans les lieux collectifs. Il considère que ses créations – restaurants, boutiques à l’ancienne, magasins d’usine, lieux de vie – sont réussies lorsque, une fois les travaux terminés, ceux qui y vivent, ceux qui y travaillent et tous ceux qui les fréquentent se les approprient, en un mot, s’y sentent « chez eux ». Son but est atteint dès lors que son univers devient promenade, que le public « vit » ses inventions visuelles, les peintures en trompe-l’œil, les pirouettes « menuisières » réalisées par les formidables (et compréhensifs !) artisans et artistes qui l’entourent.

 

Son intervention au Grand Presbytère, par la création, en collaboration avec Sylvian Meschia, de « tableaux », fait le lien entre art et artisanat et interroge les frontières de l’art contemporain.

 

Juliette Marne, 2016.

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